Le Saint Bernard
Le Saint-Bernard trouve ses origines dans les grands chiens molossoïdes issus des lignées du mâtin tibétain, introduits progressivement en Europe au fil des migrations et des échanges. Ces chiens puissants se sont adaptés aux régions alpines, où ils ont été sélectionnés pour leur robustesse, leur endurance et leur capacité à affronter des conditions climatiques extrêmes.
Dès le Moyen Âge, à partir du XIIᵉ siècle, les moines de l’hospice du Grand-Saint-Bernard jouent un rôle déterminant dans le développement de la race. Ils utilisent ces chiens pour la garde du monastère, mais surtout pour le secours aux voyageurs en difficulté dans les cols enneigés. Leur flair, leur résistance au froid et leur sens de l’orientation en font des auxiliaires précieux pour retrouver les personnes perdues ou ensevelies par la neige.
Pendant longtemps, ces chiens sont élevés pour leur utilité avant toute considération esthétique. Ce n’est qu’au XIXᵉ siècle que la race commence à être structurée sur le plan cynophile. En 1867, les premiers registres généalogiques sont établis, permettant de fixer les lignées et d’uniformiser le type. Ce travail marque le véritable point de départ de la reconnaissance officielle du Saint-Bernard.
La création du club suisse de la race à la fin du XIXᵉ siècle confirme cette volonté de préservation et de standardisation. Le Saint-Bernard est alors officiellement reconnu comme race d’origine suisse, consacrant son lien étroit avec les Alpes et son histoire intimement liée au secours en montagne.
Ce passé explique encore aujourd’hui le tempérament du Saint-Bernard : un chien puissant, calme et profondément tourné vers l’humain, sélectionné pendant des siècles pour aider et protéger.
Caractéristiques physiques de la race
Le Saint-Bernard se décline en deux variétés de pelage : à poil court ou à poil long. Dans les deux cas, le poil est double, avec un sous-poil dense assurant une excellente protection contre le froid. La variété à poil court présente un pelage bien plaqué et lisse, tandis que la variété à poil long arbore un poil plus fourni, parfois légèrement ondulé. Cette seconde variété est aujourd’hui moins répandue.
La robe est principalement blanche, marquée de larges plages rouge-brun. Ces marques peuvent former un manteau couvrant le dos et les flancs. Cette coloration contrastée participe à l’allure emblématique de la race et était historiquement utile pour repérer le chien dans les paysages enneigés.
La tête est massive, large et fortement expressive. Le crâne est légèrement bombé sur le dessus, avec un front qui descend nettement vers la base du museau. Cette construction donne au Saint-Bernard une expression reconnaissable, à la fois puissante et douce.
Les oreilles sont de taille moyenne, implantées haut et relativement larges à leur base. Leur pavillon est souple, arrondi à l’extrémité, et se termine en forme triangulaire. Elles encadrent la tête sans lourdeur excessive.
Les yeux sont de dimensions moyennes, implantés de manière harmonieuse. Leur couleur varie du brun foncé au noisette. Leur expression est calme, réfléchie et bienveillante, traduisant le tempérament posé et équilibré de la race.
Le corps est imposant tout en restant bien proportionné. Le garrot est marqué, le dos large et solide, et la croupe longue avec une légère inclinaison. L’ensemble donne une silhouette massive mais harmonieuse, adaptée à l’effort et à l’endurance en terrain difficile.
La queue est longue, lourde et bien fournie en poil. Elle est portée basse au repos, parfois légèrement incurvée, et se relève lorsque le chien est attentif ou en action, sans jamais s’enrouler sur le dos.
Comportement et relation à l’humain
Le Saint-Bernard entretient un lien très fort avec son cercle familial. C’est un chien profondément attaché aux siens, dont le comportement avec les enfants est généralement remarquable. Sa grande tolérance, sa douceur naturelle et sa patience font de lui un compagnon fiable, capable de s’adapter aux gestes parfois maladroits des plus jeunes sans brusquerie ni nervosité.
Durant sa jeunesse, le Saint-Bernard peut se montrer vif, joueur et parfois un peu envahissant, simplement en raison de son gabarit. Avec la maturité, son tempérament évolue nettement vers plus de calme et de stabilité. À l’âge adulte, il devient posé, réfléchi et peu démonstratif, tout en restant très présent émotionnellement pour sa famille.
Ce chien n’est ni soumis ni passif. Il possède un caractère affirmé et peut faire preuve d’une certaine obstination. C’est pourquoi le cadre éducatif doit être posé tôt, de manière claire et cohérente. Sans fermeté calme et constante, il peut rapidement tester les limites. Cela ne signifie pas qu’il soit incapable d’apprendre : au contraire, le Saint-Bernard est intelligent, capable de raisonnement, et apprécie les situations où on lui demande de réfléchir plutôt que d’obéir mécaniquement.
La socialisation joue un rôle central dans l’équilibre de la race. Un Saint-Bernard habitué dès son plus jeune âge aux humains, aux congénères et aux autres animaux développera un comportement stable et serein. À l’inverse, un manque de socialisation peut entraîner des réactions inadaptées, non par agressivité, mais par méconnaissance et manque de repères.
Avec les chiens et les autres animaux introduits tôt dans son environnement, la cohabitation se fait en général sans difficulté. Le Saint-Bernard n’est pas un chien conflictuel, mais il a besoin d’un cadre clair, d’une présence humaine régulière et d’une relation basée sur la confiance et le respect mutuel.
Éducation et repères au quotidien
Avec un Saint-Bernard, l’anticipation est essentielle. Son futur gabarit impose de poser un cadre éducatif solide très tôt, tant pour le confort de la famille que pour la sécurité de tous. Un chiot de cette race paraît souvent placide et attendrissant, mais il deviendra rapidement un chien massif qu’il faut pouvoir gérer sereinement au quotidien.
Les règles doivent être instaurées dès son arrivée au foyer, sans attendre qu’un comportement devienne problématique. Marche en laisse, gestion de l’espace, respect des personnes et des objets : ces apprentissages doivent être intégrés progressivement, avec constance et cohérence. Ce n’est pas un chien qu’on peut « rattraper » plus tard par la force ou la contrainte.
Le Saint-Bernard répond bien à une éducation calme, structurée et juste. Les méthodes brutales ou incohérentes sont contre-productives avec lui. Il comprend vite ce qu’on attend de lui, à condition que les consignes soient claires et toujours appliquées de la même manière par tous les membres du foyer.
L’objectif n’est pas d’imposer une domination excessive, mais de construire des repères fiables et stables. Un Saint-Bernard bien encadré dès le départ devient un chien posé, agréable à vivre et parfaitement gérable, malgré sa puissance et sa taille impressionnante.
Besoins quotidiens et conditions de vie
Le Saint-Bernard n’est pas un chien fait pour les espaces restreints. Son volume, sa puissance et ses besoins naturels rendent la vie en studio, et plus largement en appartement, très peu adaptée. Pour s’épanouir réellement, il a besoin d’un environnement spacieux où il peut se déplacer librement sans contrainte permanente.
Une maison avec un grand jardin constitue le cadre de vie le plus cohérent pour cette race. Le jardin ne remplace toutefois pas les sorties : le Saint-Bernard a besoin de promenades régulières pour entretenir sa condition physique, stimuler ses sens et maintenir un bon équilibre général. Ces sorties doivent rester modérées mais constantes, car s’il n’est pas un grand sportif, il a tout de même besoin de mouvement pour préserver ses articulations et sa masse musculaire.
Ce chien apprécie particulièrement les balades tranquilles, à son rythme, plutôt que les activités intenses. Il trouve son bien-être dans la régularité, l’espace et la proximité avec son maître. Un cadre de vie adapté, associé à des sorties quotidiennes, est indispensable pour garantir sa santé et son équilibre sur le long terme.
Santé et prédispositions
Comme beaucoup de chiens de très grand gabarit, le Saint-Bernard présente certaines fragilités liées à sa morphologie. La torsion-dilatation de l’estomac fait partie des risques majeurs chez la race et impose une vigilance particulière, notamment sur la gestion des repas, de l’activité après l’alimentation et du stress. La dysplasie de la hanche est également une affection relativement fréquente, pouvant impacter la mobilité et le confort du chien avec l’âge.
Les yeux constituent un autre point de surveillance important. Le Saint-Bernard peut être concerné par des troubles oculaires, en particulier l’entropion, qui correspond à un enroulement de la paupière vers l’intérieur et peut provoquer douleurs et irritations si aucune prise en charge n’est mise en place.
Plus rarement, certains individus peuvent présenter de l’épilepsie. Il existe également une affection neurologique spécifique à la race, la polyneuropathie héréditaire, qui touche les nerfs reliant la moelle épinière aux muscles et entraîne une faiblesse progressive. Cette maladie est grave et incurable, mais il est important de souligner qu’un test génétique permet aujourd’hui d’identifier les chiens porteurs et de limiter sa transmission grâce à une sélection responsable.
Un suivi vétérinaire régulier, une croissance maîtrisée et un mode de vie adapté restent essentiels pour préserver la santé et la qualité de vie du Saint-Bernard sur le long terme.










